Rendement de la Caisse de dépôt – 5 dures leçons pour les épargnants

Ce graphique paru dans le journal les affaires est tellement riche en informations et enseignements pour l’épargnant! Nous en tirons 5 leçons pour les épargnants. On peut affirmer que la Caisse de dépôt et les autres grandes caisses de retraite ont les moyens de faire appel aux meilleurs gestionnaires de la planète.

Pour l’épargnant, les résultats montrent la grande difficulté à sélectionner à priori des fonds communs de placement ou des gestionnaires privés qui seront performants de manière continue et consistante. Pour paraphraser une publicité : « Si ça existait, on l’aurait »

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Tout d’abord une petite mise au point.

Portefeuille de référence : Dans ce cas, on parle plutôt d’un portefeuille de référence (appelé aussi portefeuille cible ou portefeuille stratégique) plutôt qu’un indice de référence. Un portefeuille cible comprend plusieurs classes d’actifs. À chacune des classes d’actifs est associé un indice de référence. On attribue alors des mandats à des gestionnaires de placement internes ou externes. Ces derniers ont donc chacun leur indice de référence. Leur objectif est de faire mieux que leur indice de référence, d’avoir une valeur ajoutée.

Le portefeuille cible est un portefeuille indiciel, voici un exemple.

Valeur ajoutée – ce pour quoi l’on paie : La valeur ajoutée est la différence entre la ligne de rendement (ligne grasse) et la ligne rouge en pointillés. Malgré son nom, la valeur ajoutée n’est pas toujours positive. C’est aussi le résultat final de tous les efforts de l’équipe de placement.

[pullquote4 align= »center » variation= »teal »]Lorsque l’on vous fera miroiter les avantages d’un placement, garder la tête froide et poser des questions. Faites preuve d’humilité pour ne pas succomber aux chants des sirènes. Dites-vous bien que si un tel talent existe, il travaille déjà exclusivement pour un autre beaucoup, beaucoup plus riche que vous.[/pullquote4]

Le graphique nous enseigne 5 leçons

Leçon 1 : comparer les pommes avec des pommes

Des rendements de 7, 5, 10 ou 14 % ne veulent pas dire grand-chose. Ils peuvent même nous conduire à prendre de mauvaises décisions. En premier lieu, nous devons toujours comparer nos rendements à ceux de notre portefeuille cible.

Leçon 2 : valeur ajoutée ? 

  • De 1995 à 2002, la valeur ajoutée est de -0,3%: C’eut été plus payant de mimer le portefeuille cible
  • De 2003 à 2008, la valeur ajoutée est de -0,8%: C’eut été plus payant de mimer le portefeuille cible
  • De 2009 à 2014, la valeur ajoutée est de +0,2%: Un bien maigre résultat mais meilleur que le portefeuille cible

L’article ne précise pas si ces rendements sont avant ou après déduction des frais de gestion. Généralement pour les fonds de retraite, il s’agit de valeur ajoutée avant déduction des frais. Si tel est le cas, on est en territoire négatif depuis 1995.

Saviez-vous que dans les politiques de placement des grands fonds de pension, l’objectif de valeur ajoutée à long terme est de l’ordre de 1 % avant les frais?

Leçon 3 : une bonne dose de volatilité des rendements

Entre 1995 et 2014, les rendements annuels ont varié entre 15 % et -25 %. On note:

  1. La Caisse a tendance à mieux faire dans les marchés haussiers (bull capture)
  2. La Caisse a tendance à moins réussir dans les marchés baissiers

Leçon 4 : protection dans les marchés baissiers?

À 2 grandes occasions, soit en 2000 et en 2008 le portefeuille indiciel cible a mieux fait que l’écurie des meilleurs gestionnaires de la planète. Qui a dit que les gestionnaires protègent notre portefeuille lors de baisses de marchés?

Au premier chef, c’est votre politique de placement (allocation d’actifs)  qui contrôle 90 % de la volatilité des rendements et non les choix des placements. Dites-vous bien qu’il n’y a pas de lunchs gratuits. La réduction de la volatilité se paie toujours au prix: d’une réduction des rendements ou dans le cout des produits qui nous assurent contre la volatilité ou dans la liquidité de nos investissements.

Leçon 5 : ce qu’on ne dit pas sur les frais institutionnels

Les frais de gestion active payés aux différents gestionnaires institutionnels (actifs de 1 milliard et plus) de l’ordre de 0,6 % de l’actif sous gestion. Ce chiffre n’est pas souvent divulgué. Les caisses de retraite négocient les frais de gestion lorsqu’ils confient leur mandat. Un petit secret qu’ils préfèrent garder pour eux-mêmes.

[pullquote4 align= »right » variation= »teal »]On est bien loin des 2,4 % de ratio des frais de gestion des fonds communs de placement. Le petit épargnant est mathématiquement condamné à la pauvreté.[/pullquote4]
On comprend qu’il en coute plus cher pour servir les petits épargnants et qu’ils ont besoin de conseil et d’information. Mettons que la facture est assez salée et qu’il y a pas mal d’autres frais dans le circuit de distribution qui ne rajoutent pas de valeur.

Ne vous méprenez pas sur la faiblesse des pourcentages, 1 % de rendement composé sur 30 ans, fait la différence entre une retraite pauvre et une retraite à l’aise. Calculer vous même l’impact de frais !

La morale

Lorsque l’on vous fera miroiter les avantages d’un placement, garder la tête froide et poser des questions. Faites preuve d’humilité pour ne pas succomber aux chants des sirènes. Dites-vous bien que si un tel talent existe, il travaille déjà exclusivement pour un autre beaucoup, beaucoup plus riche que vous.